Dans le monde très codifié de la guitare électrique, dominé par les silhouettes américaines des années 50 et 60, une marque allemande a réussi à imposer une identité visuelle et sonore unique : Duesenberg Guitars. Basée à Hanovre, cette manufacture mêle formes traditionnelles de jazz guitars, hardware maison et esthétique Art déco. Résultat : des instruments immédiatement reconnaissables, adoptés par des légendes comme Ron Wood, Bob Dylan, John Mayer ou Joe Walsh. Retour sur l’histoire, les modèles et les artistes qui ont fait de la « Duesy » une référence mondiale.
Tout commence en 1978, lorsque Dieter Gölsdorf fonde à Hanovre Rockinger Guitar, une petite entreprise de fabrication et de vente de guitares et de pièces détachées. Rockinger propose parmi les premiers kits de guitares électriques et invente, avec la participation de Matthias Jabs (Scorpions), le Rockinger Tru Tune Tremolo : le premier système de vibrato à blocage de cordes au monde, qui sera ensuite produit sous licence aux États-Unis par Kramer sous le nom d’Edward Van Halen Tremolo.
En 1986, Gölsdorf crée la marque Duesenberg, d’abord utilisée pour des designs futuristes de guitares heavy metal. À partir de 1991, la marque est exploitée par sa propre société, la Göldo Music GmbH (contraction de Gölsdorf). Le véritable tournant arrive en 1995 avec la naissance de la Starplayer : une guitare semi-acoustique à table en épicéa, deux micros, manche en érable et nombreuses applications Art déco. Elle préfigure la future Starplayer TV, qui deviendra le best-seller de la marque.
Dès 2000, les ventes décollent, notamment grâce à la forte exposition médiatique de la star japonaise Sheena Ringo, toujours sur scène avec sa Starplayer TV Surf Green. En 2004, Duesenberg ouvre une filiale de distribution aux États-Unis, puis déménage en 2011 dans des locaux plus vastes en périphérie de Hanovre. Aujourd’hui, Dieter Gölsdorf travaille avec une équipe grandissante de passionnés, et son associé Ingo Renner a repris la gestion quotidienne de l’entreprise, le design étant devenu un processus collaboratif.
Le nom fait directement référence à la marque automobile fondée par les frères Friedrich et August Duesenberg, symbole du luxe américain dans les années 1920. Comme les voitures, les guitares sont affectueusement surnommées « Doozy » ou « Duesy », l’expression américaine « It was a doozy! » étant devenue synonyme d’enthousiasme et d’extravagance. Un clin d’œil parfaitement assumé par la marque.

Selon Dieter Gölsdorf, « le visage inimitable des guitares Duesenberg se manifeste dans le design Art déco de la tête, du pickguard et de l’accastillage, tandis que la plupart des formes de corps s’inspirent des anciennes guitares de jazz produites dès les années 40 en Allemagne et aux États-Unis ».
L’élément signature est la triple gradation de formes et de symétries, que l’on retrouve sur presque chaque pièce : tête, cadres de micros, pickguard, boutons de potentiomètres, jack et même sélecteur de micros. Le « D » du logo intègre lui aussi cette triple gradation.
Côté finitions, la palette est fidèle à l’esprit vintage : Black, Vintage White, Trans-Orange, Surf Green, Fiesta Red, les finitions pailletées (Blue, Silver et Black Sparkle), les finitions nacrées en mosaïque (Ice, Blue et Emerald Green Pearl), sans oublier les classiques Gold Top, Two-Tone Sunburst, Fire Burst et Vintage Blonde.
Sur les modèles semi-acoustiques, la table est en épicéa, tandis que fond, éclisses et manche sont en érable (fond flammé et bookmatched). Les modèles D-Caster, Dragster, 49er et 52 adoptent un manche en acajou. La touche est en palissandre, avec un diapason de 25,6″ (650 mm), un radius de 12″, des frettes jumbo et des cordes maison en tirant .10–.50.

Toutes les pièces sont dessinées par Dieter Gölsdorf et nickelées plutôt que chromées, pour rester fidèle à l’esprit des instruments classiques. Les mécaniques Z-Tuner permettent de faire passer la corde à travers l’axe pour éliminer les extrémités pointues. Sur les versions vibrato, on retrouve le fameux Diamond Deluxe Tremola.

Également conçus en interne, avec capot ouvert en maillechort : le Grand Vintage (humbucker type PAF, souvent en position chevalet), le Crunchbucker, le D-Tron, le Little Toaster (humbucker au rendu proche d’un simple bobinage) et le Domino P90 (P90 au format humbucker, souvent en position manche).
Semi-acoustique à bloc central de sustain, table et fond bombés, ouïe en F unique, érable et épicéa : la Starplayer TV (ou simplement « TV ») est la guitare la plus vendue de Duesenberg. En configuration standard, elle embarque un Domino P90 au manche et un Grand Vintage au chevalet, avec un binding crème sur le corps et le manche.

Son succès a donné naissance à de nombreuses déclinaisons : Stoptailpiece (sans vibrato), Classic (finition Honey intégrale), Plus (chevalet piezo commutable et pickguard en aluminium brossé), Outlaw (revêtement façon crocodile), Pearl (mosaïque de nacre), Custom (trois humbuckers D-Tron et hardware doré) ou encore la Rebound, créée avec Wolfgang Niedecken pour soutenir la réinsertion d’anciens enfants soldats au Congo.
Trois éditions signature ont marqué l’histoire du modèle : la Starplayer TV Mike Campbell (finition Rally bleu et blanc, créée pour les 30 ans de scène de Tom Petty & the Heartbreakers), la Starplayer TV Chris Whitley (finition rouge, blocs de nacre, micro piezo) et la Starplayer TV Ron Wood, limitée à 100 exemplaires avec mosaïque de nacre jaune, devenue un véritable objet de collection.
Aujourd’hui, la gamme Starplayer TV se décline en versions Standard, Deluxe, Velvet Series, Rusty Relic, Phonic et Custom.
Starplayer III (réédition de la Starplayer originale à table plate), C.C. (grand corps semi-hollow full size, avec une signature John Platania), Fullerton et Fullerton Hollow (double cutaway), Imperial (grande caisse à éclisses profondes et deux ouïes en F), The 440 et The 52 (corps acajou chambré, finition Gold Top).
Starplayer CBR, Senior, Caribou, Julia, Double Cat (6 ou 12 cordes, avec son ouïe en « œil de chat ») et Mando 12-String.
Starplayer Special, The 49er, Dragster (dont une signature Peter Stroud avec Multibender), D-Caster, Rocket II (forme Flying V asymétrique), et dans la gamme actuelle : Paloma, Paloma Custom, Fantom Series A & S, Julietta et Falken.

La Rezobro (son de dobro/résonateur en électrique), la Baritone D6 (diapason 28″), la Pomona6 Lapsteel et la Mandola. La gamme actuelle de lapsteels comprend la Kalico, la Fairytale et une Alliance Series Paul Franklin.
D-Bass (4 ou 5 cordes), Starplayer Bass (semi-acoustique, également en version Mike Campbell), Violin Bass, et aujourd’hui Triton Bass, Kavalier Bass et Alliance Series Chris Chaney.
Hanover Gold Limited, Alliance Series Joey Landreth Limited, Starplayer CBR 30th Anniversary et Starplayer TV 25th Anniversary Gold Leaf (toutes deux épuisées), ainsi que l’Alliance Series James Bond / David Arnold Edition.

Au-delà des signatures historiques, Duesenberg développe aujourd’hui la série Artist Alliance, « conçue pour leurs besoins individuels, mais faite pour tout le monde ». On y retrouve des modèles en collaboration avec Joe Walsh, Mike Campbell, Johnny Depp, Paul Sidoti, Tom Bukovac, Dave Baksh, les Bros. Landreth et le compositeur David Arnold (édition James Bond). Mentionnons aussi la Dave Stewart Blackbird Signature, limitée à 52 exemplaires et ornée d’une pochette d’album dessinée par le musicien d’Eurythmics lui-même.
Devenue rapidement un « secret d’initiés » auprès des musiciens de scène et de studio, Duesenberg compte aujourd’hui une liste d’ambassadeurs impressionnante : Ron Wood et Keith Richards (The Rolling Stones), Bob Dylan, Joe Walsh (Eagles), John Mayer, Mike Campbell, Johnny Depp, Paul McCartney, Rod Stewart, Billy Gibbons, Chris Cornell, Elvis Costello, Duff McKagan, Keith Urban, Carrie Underwood, Taj Mahal, Keb’ Mo’, Kenny Loggins, Robbie McIntosh, Chris Spedding ou Tony Joe White.
La scène allemande est également très représentée avec Bela B., Peter Fox, Peter Maffay, Marius Müller-Westernhagen et Wolfgang Niedecken, tout comme des groupes tels que Pearl Jam, The Strokes, The Kooks, Bon Jovi, Bloodhound Gang, Tito & Tarantula ou Wir sind Helden.
Comme le résume Joe Walsh : « Il y a des guitares qui se démarquent de toutes les autres, et Duesenberg en fait partie. »
La marque a aussi décliné son esthétique Art déco sur des amplis à lampes câblés à la main : le Doozy One (combo 20 W classe A/B, HP Eminence 12″, réverbération à ressort) et le Doozy Two (tête 110 W deux canaux avec baffle 2×12″ Eminence Red Coat Governor). Côté effets, la gamme comprend le White Drive II (overdrive), le Blue Move (chorus), le Red Echo II (delay), le Green Comp II (compresseur), le Violet Trem (trémolo) et le Gold Boost, tous analogiques, câblés à la main et en true bypass.
Design Art déco inimitable, lutherie soignée, hardware et micros entièrement conçus en interne, polyvalence sonore et construction pensée pour la route : Duesenberg a su créer une catégorie à part entre tradition et modernité. Que vous soyez attiré par l’icône Starplayer TV, par une solidbody comme la Paloma ou par une pièce de collection de l’Artist Alliance, chaque « Doozy » promet une voix bien à elle. Pour découvrir la gamme complète et trouver un revendeur, rendez-vous sur le site officiel Duesenberg.
Sources : Wikipédia (DE) – Duesenberg Guitars et Duesenberg – Where we come from.